Quand quelque chose fait mal, il y a plusieurs facons de réagir.
On peut être paralysé-e par la peur et la douleur et ne pouvoir rien faire, tout garder pour soi. C'est ce que j'ai fait pendant des années.
On peut aussi évacuer sa douleur en la hurlant. Mais souvent dans ce cas, on retourne sa douleur et sa colère contre soi. On se fait mal en voulant se libérer d'un poids et on fait mal à celles et ceux qui nous entourent et qui subissent notre colère. Ce n'est pas contre elles-eux mais ils/elles le prennent de plein fouet. Ca fait mal.
On peut évacuer sa douleur et sa colère en la retournant contre celles et ceux qui nous font mal et transformer cette colère en force.
C'est ce que j'essaie de faire.
Après des années de silence et de souffrances, je me suis mise à extérioriser mes sentiments. De facon brute et même brutale. Quand on est habitué-e à se taire, à ne rien exprimer, on ne sait plus comment extérioriser, comment le faire sans se blesser soi-même ni les autres.
Non, je ne mange plus à me rendre malade et à vomir du sang, non je ne veux pas me détruire, non je ne veux plus souffrir. Pourtant, quand je parle de ce que je ressens, souvent, c'est avec violence. La douleur est toujours là. Parler me fait du bien. Cela m'a soulagée de porter plainte, de me confier à des associations d'aide aux victimes, de parler avec mon copain. Ca me fait du bien parce que j'ai pu prendre du recul par rapport à ce qui m'est arrivé et j'arrive à parler de ce qu'il s'est passé calmement.
Par contre, certaines paroles, certaines affiches, certaines pub, me frappent comme un coup de poignard. Je pense à la pub, heureusement interdite, de Dolce et Gabbana, montrant ni plus ni moins qu'une tournante, je pense au livre de Dubec dans lequel il justifie le viol et avoue que les pires violeurs le font rêver, je pense à la campagne des Yvelines et au "Hacke moi si tu peux", je pense à plein d'autres exemples encore. Ca fait mal, très mal. Et ce qui fait encore plus mal c'est que rien ou presque ne se fait contre, c'est de voir les gens passer devant des affiches atroces sans sourciller ou rigoler aux blagues sexistes sous prétexte ¨d'humour". C'est comme affronter des montagnes infranchissables.
Ce qui soulage c'est de voir que certaines personnes se battent et dénoncent ces ignominies. Ca me fait du bien de voir que des gens ont écrit au Conseil des Yvelines. Ca me fait du bien de voir que certains et certaines disent "non". Et ca me donne envie de me battre moi aussi et d'avoir la force de dire "non". Toute la souffrance que j'ai accumulée, toute l'énergie que cela m'a pris, je ne veux pas les retourner contre moi mais m'en servir pour lutter, pour informer les gens, les sensibiliser, leur démontrer que même des "petites choses" apparamment pas graves mènent inexorablement aux pires violences et, surtout, dire que tout ca peut changer, que chacun-e peut faire évoluer la situation.
Alors je vais dire non et stop aux violences, pour moi bien égoistement, pour celles et ceux que j'aime et qui ne supportent pas de me voir souffrir et qui souffrent aussi, pour les autres victimes qui ont besoin de voir qu'elles ne sont pas seules et que l'on est de leur coté et qu'on les soutient, pour toutes celles qui n'ont pas encore subi d'horreur et pour leur éviter de les vivre un jour.
Il suffit de le vouloir et de le dire. Nous avons tous et toutes ce pouvoir de dire "non" et de changer les choses.
lundi 14 juillet 2008
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4 commentaires:
C'est vrai que nous avons du pouvoir ;o) L'union fait la force ! ^^ Je crois aussi bcp au lien entre l'individuel et le collectif. L'un renforce l'autre et réciproquement. Et c'est justemnt ce que les machos ne veulent pas. Eux veulent individualiser les femmes, surtout pas que ce soit reconnu comme 'sexiste', parce que qui dit sexisme, dit lutte contre cela. Alors que si c'est un problème 'individuel' il n'y a aucune raison d'envisager des mesures sociales et publiques contre cela.
Passer de soi au groupe, du groupe à soi, c'est aussi une force. Comme je l'ai écrit et pensé, cela soulage d'une certaine manière, de comprendre que le mal qui nous a été fait l'a été à nous 'en tant que femme' et non à nous en tant qu'individue. Il est extrêmement dur ensuite de comprendre que cela touche autant de femmes. Mais cela permet aussi d'identifier ça comme du sexisme : elles sont visées 'en tant que femmes parce qu'elles sont des femmes' et donc que l'union des bonnes volontés féministes fait la force.
sinon pour la partie 'Quand quelque chose fait mal, il y a plusieurs facons de réagir.' il y a je crois plusieurs étapes dans le temps. Les violences, et leurs conséquences ont une vie en nous. Donc au fur et à mesure du temps, il y a des moyens de réagir. Et on s'adapte aussi à ces moyens de réagir, on les analyse, sont-ils bons, moins bons, comment vivre mieux, etc. ...
Il y a un bon bouquin qui prend appui sur le conte Kirikou, il date de 2004, je l'avais trouvé interessant (mais je ne l'ai pas). voir ce lien si tu veux http://www.jidv.com/Viol_et_renaissance.htm
je te donne le lien direct vers la présentation du livre par son auteure
http://www.jidv.com/CORMON,%20V%20-%20JIDV%202002%201%20(1).htm
Née en 1959, Véronique CORMON est psychothérapeute et psychologue clinicienne. Spécialisée en victimologie, elle reçoit des patients en consultation individuelle et anime des groupes de psychothérapie. Elle raconte son propre vécu du viol dans ce livre, j'avais trouvé que ça sonnait juste ce qu'elle écrit.
Quand j'ai vu Kirikou, je n'ai pas compris de quoi cela parlait vraiment (ou peut-être que je n'ai pas voulu comprendre) mais j'ai senti quelque chose dans ce conte.
C'est une très bonne analyse.
Sinon je "rêve" d'une reconnaissance de crime sexiste au même titre que crime raciste ou antisémite. J'ai réellement envie, mais aussi besoin, de me battre pour ça.
moi aussi pour Kirikou j'avais ressenti quelque chose et j'avais pensé aux questions sur l'excision ... oui je pense qu'il y a + qu'un beau conte, après je ne "jurerai" pas que ce soit ceci ou cela mais j'avais bien accroché au fil conducteur proposé dans l'ouvrage.
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