samedi 24 mai 2014

Les enfants, ces tyrans qui ne comprennent que les bonnes gifles

"Les enfants font tout ce qu'ils veulent maintenant", "les parents marchent sur la tête", "c'est les enfants qui commandent". Le mythe de l'enfant roi est aussi ancré dans les esprits que les mythes sur le viol.
En effet je parle bien de mythe parce que quand on regarde d'un peu plus près la condition enfantine, on se demande quelle est la défintion donnée à "roi": le souverain qui règne sur tout le monde ou celui qui s'est retrouvé embastillé? Avec des chiffres faisant état de 2 enfants mort-e-s par jour en France suite à des maltraitances on se demande bien comment on peut oser dire que les enfants sont des despotes pourri-e-s gâté-e-s tout-e-s puissant-e-s. Même sans parler de maltraitance, comment peut-on insinuer qu'une personne légalement mineure puisse avoir autant de pouvoir? Un-e enfant de 8, 10, 12 ans qui ne peut même pas s'inscrire à une activité sportive ou une sortie scolaire sans l'accord signé de ses parents et qui par conséquent n'a donc ni droit de vote, ni droit à disposer d'un compte bancaire, ni droit à accepter ou refuser un traitement médical, qui est par définition sous tutelle peut-il/elle réellement imposer son pouvoir? On sait déjà qu'avoir des droits ne signifie pas forcemment pouvoir en jouir pleinement, il faut aussi que ces droits soient respectés et ne soient pas biaisés (par exemple le droit d'avoir, à travail égal, un salaire égal). Alors quand on est sous tutelle et sans droits sur les décisions concernant sa propre vie, le pouvoir despotique, laissez-moi rire. Jaune. Ou pleurer.
L'amendement anti-fessée qui aurait vu la fin de la légalité des châtiments corporels à l'encontre des enfants en France a été retiré. Les parents pourront continuer à donner de bonnes paires de claques et de bonnes fessées à leur 8eme merveille du monde. Car c'est bien connu, les parents ne donnent que de bonnes fessées et de bonnes gifles. Jamais des mauvaises. On se demande vraiment d'ou viennent ces morts d'enfants suspectes et ce chiffre de 98000 enfants à risque. Bah, sans doute comme les chiffres sur le viol. Les femmes, toutes des salopes menteuses. Les gosses, tous et toutes des dictateurs qui n'hésiteraient pas envoyer leurs parents en taule parce qu'ils leurs ont refusé des bonbons Hello Kitty.
Sauf que la définition entre bonne et mauvaise ne semble pas clairement définie. A partir de quelle force une gifle est-elle considérée comme mauvaise, pouvant entrainer le crevage d'un tympan ou une chute? Y a t-il des stages parents pour apprendre à doser sa force de frappe selon l'âge et la corpulence de l'enfant à corriger? Parce que les enfants, ça se corrige, comme les dictées ou les devoirs de maths. Il y a cette idée selon laquelle un enfant, ça n'est pas complètement fini, il faut donc le former, l´éduquer en le corrigeant parce qu'il est naturellement mauvais. En effet, s'il n'était pas mauvais par essence, on ne le corrigerait pas. On parlerai avec lui ou elle en lui expliquant avec des mots à sa portée selon son âge comment se comporter. Mais c'est sûr que passer du temps à parler, communiquer avec son enfant, trouver les arguments pédagogiques peut être compliqué. Une bonne claque c'est plus court et on peut retourner à sa bière et sa télé ou à sa popote.
Je crois que nous avons un double problème avec les enfants:  notre vision de l'enfant comme un sous être humain et la notion de parents avec la quasi obligation d'engendrer.
Qu'est-ce qu'un enfant? C'est un mineur soumi à l'autorité parentale détenue par les parents majeurs. Le terme "mineur" vs "majeur" pose déjà problème car il infériorise de fait les enfants. Au lieu d'être des êtres humains en début de vie cherchant à découvrir la vie et leur entourage et à se développer au sein d'une société, ils sont perçus comme des êtres inférieurs du seul fait de leur manque d'expérience. Or, un manque d'expérience ne devrait pas engendrer une situation d'infériorité. Un manque d'expérience devrait engendrer une situation pédagogique où l'expérimenté-e aiderait l'inexpérimenté-e à vivre ses propres expériences et à se construire.
Le problème lorsqu'on est face à quelqu'un que l'on considère inférieur c'est que l'on va logiquement se considérer supérieur. Se considérer supérieur, c'est se considérer au-dessus (on en revient au problème majeur vs mineur) et cela crée des discriminations et une situation d'inégalité. Alors bien sûr qu'un enfant ne doit pas faire ce qu'il veut. Il ne s'agit pas de le ou la laisser faire tout et n'importe quoi sans réagir. Il s'agit de l'aider à se construire et à apprendre pour qu'il ou elle puisse à terme agir seul-e en toute conscience. Il n'est pas nécessaire de frapper pour ça. Il est en revanche nécessaire d'avoir un minimum de pédagogie et de respect vis à vis de l'enfant. Quand on en vient à frapper, c'est souvent parce qu'on est à court d'argument ou qu'on n'a pas réussi à imposer sa volonté à l'autre. C'est un échec mais pour ne pas se l'avouer on joue la carte de la loi du plus fort ou de la plus forte. Qui n'a jamais entendu : "j'ai été obligé-e de lui mettre la fessée. Qu'est-ce que vous voulez, il ne comprend rien d'autre"? Aucune remise en question sur ce que l'enfant n'a pas compris avant les coups: est-ce que je lui ai bien expliqué pourquoi il ne faut pas qu'il casse les jouets des autres? Est-ce que mon message était clair? Non c'est direct l'équation enfant=mineur=inférieur=incapable de comprendre=coups car il n'y a que ça qui rentre. On pourrait aussi prendre en compte les coups psychiques. Combien de fois ai-je entendu "les enfants c'est bête quand même", "Ils ne sont pas finis", "c'est juste un enfant, il ne peut pas comprendre", "ne me parlez pas de ces choses rampantes et incomplètes". Parfois je me demande si certains adultes savent que eux et elles aussi ont été des enfants. Ils ne se rappellent plus? Ils se vengent? D'ailleurs en parlant d'adulte, qu'est-ce qu'être parent?
Je pense que c'est dur, très dur d'être parent. C'est une énorme responsabilité et je ne sais pas si beaucoup de parents se sont préparés à l'être. Pourtant, combien de parents ont-ils lancé à leur gosse "on s'est sacrifiés pour toi!". Mais si c'est un sacrifice d'avoir des enfants, pourquoi les faire? Il faut dire que l'injonction à devenir parent et surtout mère à tout prix est forte. Or, comment être un bon parent si on procrée uniquement pour se conformer à la norme sans se poser plus de question? Si les hommes sont un peu plus tranquilles, quelle femme de plus de 30 ans ne s'est pas vu questionner voire insulter sur son statut de nullipare?  Et une fois parent, et surtout mère il faut se plier à d'autres injonctions pour être la mère parfaite, le parent parfait. Et quand on arrive pas à être la mère parfaite parce que la perfection n'existe pas, n'est-ce pas plus facile de dire qu'il ou elle (mineur-e donc qui ne pourra rien faire d'autre que de la fermer et de subir puisque sous la tutelle de papa-maman qui se sacrifient pour lui/elle) ne comprends que les claques et les fessées plutôt que de dire qu'on est dépassé-e par notre rôle de parent?
Tant que nous aurons cette conception de l'enfant, tant que nous devrons être tous et surtout toutes des parents parfaits, les claques auront de beaux jours devant elles. Et ce seront toujours les plus faibles qui les recevront.

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