jeudi 25 février 2010

L'affiche de la campagne anti-tabac retirée

La campagne anti-tabac représentant une fellation forcée viens d'être interdite.
C'est une bonne décision mais qui arrive quand même un peu tard: tout le monde l'a vue. Comment se fait-il qu'il n'y ait aucun contrôle en amont? Comment se fait-il que nous ayons à subir ce type d'image? Je ne comprends pas. Et ce qui m'interpelle aussi c'est que je ne suis pas sûre qu'on explique bien les causes de ce retrait. J'ai lu des articles où il apparaît que des associations conservatrices catholiques ont aussi demandé son interdiction au motif qu'une fellation c'est choquant.

NON, un tel acte n'est pas choquant quand il est pratiqué par 2 personnes consentantes et sans contraintes. Non, la sexualité n'est pas quelque chose de sale et de dégoûtant bien qu'on ne la pratique pas vraiment à la vue de tout le monde. Les violences sexuelles en revanche sont des abominations.

Je reprends un peu mon billet précédent où je dénonçais cette affiche.

L'association des droits des non fumeurs revendique le lien avec la fellation mais nie que celle-ci soit forcée. Qu'en conclure? S'il s'agissait vraiment d'une fellation non forcée cette association rejoindrait l'idée des conservateurs en assimilant un acte sexuel à quelque chose de rabaissant, de sale. Drôle d'image de la sexualité digne du Vatican.

Pour moi, cette image représente une fellation forcée. Il y a la main de l'homme sur la tête des jeunes qui les maintient à terre. Il y a surtout leur visage impavide, leur regard mort qui donne l'impression qu'ils sont sous l'effet d'une drogue. Et le tabac est bien considéré comme une drogue. Sauf que la drogue du viol existe (le GHB) et j'espère qu'il ne viendrait à l'idée de personne de dire à une victime du GHB que non, elle n'a pas été forcée.
Quant à la fellation forcée, elle est bel et bien considérée comme un viol dans le code pénal.
On est donc bien face à une scène de viol sous prétexte de nous prévenir de la dépendance à la clope.

Qu'en conclure par conséquent? Qu'un viol est un acte sexuel normal et sain?
Que fumer et être violé-e c'est pareil?
Il me semble pourtant que le fumeur ou la fumeuse achète son paquet de cigarettes de lui ou d'elle-même. Je n'ai encore jamais vu personne me dire que quelqu'un s'est jeté sur lui pour lui enfoncer une clope dans la bouche de force.
Donc, si on assimile l'acte de mettre soi-même une cigarette dans sa propre bouche à un viol cela revient à dire qu'un viol est un acte commis par la victime. En clair que la victime de viol est allée cherché la bite d'un violeur pour se la mettre elle-même en bouche. Ou ailleurs. Remarquez, on dit bien d'une fille qu'elle "s'est fait" violée et rarement qu'elle "a été" violée. Encore et toujours ce report de la culpabilité sur les victimes.
Et ben non. Quand on est violé-e, la culpabilité revient toujours et à 100% au violeur et il est hors de question que des affiches pour clopes reviennent nous dire qu'on l'a bien cherché et que c'est quand même un peu notre faute.

Autre point dérangeant de l'affiche, c'est qu'elle porte sur le jeune qui fume plutôt que sur les dangers du produit. Je ne pense pas que rabaisser les fumeurs en les mettant à genoux soit un bon moyen de leur donner envie d'arrêter de fumer. C'est une image très négative du fumeur qui se veut être véhiculée ici et je doute fort que ce soit efficace.

Et puis aussi, vous avez vu du 1er coup d'œil qu'il s'agit d'une campagne anti-tabac vous? parce que moi, si je ne l'avais pas vue en illustration d'un article s'intitulant "Campagne anti-tabac", j'aurais eu du mal. J'ai cherché une explication sur l'affiche. Il n'y qu'une légende hors cadre et pas très visible face au choc que m'a fait la photo.

Parce que contrairement à ce que beaucoup de défenseurs de cette affiche disent, il n'y a pas que les catho intégristes qui sont choqués. Il y a aussi et surtout les victimes de violences sexuelles ainsi que les autres, non victimes, mais qui ont pris conscience de la gravité des violences sexuelles et du fléau qu'elles sont.

Quoi qu'il en soit, j'attends quand même une réponse à la plainte que j'ai adressé à l'ARPP et au JDP. J'espère que seuls les catho n'exposeront pas leur point de vue rétrograde. Ce serait encore une fois une négation de la gravité du viol.

5 commentaires:

7nain a dit…

Je suis d'accord avec ce que tu dis sur cette affiche. J'aimerais juste ajouter encore quelque chose. Même si cette photo ne pouvait pas être apparentée à une scène de viol, même si en effet la sexualité n'est pas réservée aux pervers etc... Est-ce que d'une manière générale on est sur la bonne voie en montrant de plus en plus d'images à caractère sexuel plus ou moins caché un peu partout? A la vue de jeunes et d'enfant qui ne savent plus ce qui est "normal" ou non, qui n'ont plus de pudeur parce que cette notion est de moins en moins présente dans notre société?
Je pense que même si les défenseurs de l'affiche avaient raison sur le fait que ce ne soit pas une scène de viol (et je ne pense pas qu'ils aient raison), cette affiche devrait être retirée simplement parce qu'il n'y a pas besoin d'être un extrémiste religieux pour penser que les images à caractère sexuel, tout comme les personnes nues ou presque, etc n'ont simplement rien à faire sur des arrêts de bus ou n'importe quel autre endroit visible par des jeunes, des enfants, des personnes influençables qui se construisent et ont besoin de repères et de vraies valeurs et parce que si c'est interdit de se promener en sous-vêtement dans un centre-ville justement à cause de la pudeur (qui se veut être une des valeurs enseignées dès le plus jeune âge, même chez les personnes athées), n'est-ce pas contradictoire de voir des étreintes et autres strings en dentelles à tous les coins de rue sur des affiches?

Alice a dit…

Tout à fait d'accord avec toi. Marre du tout bien ou tout mal. Non, la sexualité n'est pas quelque chose de sale comme certains conservateurs le pensent mais ce n'est pas non plus à afficher partout pour tout public. Ras le bol de n'avoir que la vision de coincés ou des exhibitionistes pornographes.

mondom a dit…

"Ras le bol" est un peu léger comme argumentation.
Moi je vois dans cette campagne une analogie intéressante, celle de la dépendance au tabac et de la dépendance sexuelle, cette maladie méconnue qui génère des sourires entendus auprès de gens qui ne savent absolument pas de quoi il retourne, parmi lesquels d'ailleurs sûrement un certain nombre qui en sont atteints... Je ne pars pas en croisade contre le sexe, ni ne suis un intégriste moralisateur, mais je trouve que de comparer les addictions qui peuvent très bien se cumuler ou alterner est une bonne idée et je profite de l'occasion pour essayer d'alerter l'opinion sur ce fléau relativement nouveau et encore très méconnu qu'est la dépendance sexuelle... mondom3@gmail.com

Alice a dit…

Mondom, "ras-le-bol"? Vous n'avez donc rien lu. Je vous invite à lire et écouter les nombreuses réactions, même de l'ARPP et pas que la mienne sur le sujet.
On parle ici d'abus sexuel, de viol et par conséquent de scène de crime. Quel rapport avec une dépendance? Un peu de décence et de respect face aux millions de victimes s'il vous plaît! ras-le bol en effet de toujours détourner le sujet du viol et d'en faire un tabou sur le dos des victimes.

Audrey a dit…

Je n'approuve pas ce type de communication même si c'est pour une cause aussi juste que la bataille contre la cigarette. Par ailleurs il existe de très bons spots ayant la capacité de véhiculer l'information grâce à différentes émotions comme la compassion, le sens de l'humour...
J'ai découvert il y a peu un article qui a référencé dix de ces campagnes contre la cigarette :
http://www.breizh-e-cig.fr/article-18--les-10-meilleurs-spots-anti-tabac.html
Certaines de ces pubs sont anciennes ou vraiment peu connues mais elles possèdent toutes l'intérêt de troubler par certaines émotions.