mardi 25 mars 2008

Je suis grosse

Ces 3 mots, je les ai tant répétés qu'ils étaient devenus un leitmotiv, une rengaine que je claironnais à tout va, moi avec ma taille 30.
Oui, j'étais grosse. Grosse pour être dans l'air du temps, grosse pour parler comme tout le monde, grosse pour faire partie de ce "tout le monde". Grosse par provocation. Grosse par renvoi de méchancetés aussi.
Pas de pitié pour les gros et les grosses! Pas de pitié pour les maigres non plus. A la différence de la prise de conscience du désarrois et des difficultés de la 1ere catégorie. Pas facile de s'habiller en taille 54. On est d'accord. Et en taille 32? Voire 30? Et les soutien-gorge en 75B? On en trouve peut-être? Ben non, parce qu'on en a même pas besoin.

Pendant de nombreuses années, avec un rapport poids/taille dans la norme, j'ai fait du 32. Le poids des os, la masse musculaire, la morphologie influent sur l'apparence. A taille et poids égaux, je prenais 2 tailles en-dessous que de nombreuses autres filles. Alors je ne parle pas de quand je faisais un poids plume.
Aujourd'hui, je ne paraîs pas maigre du tout et j'ai un poids plus que dans la moyenne (celles et ceux qui me lisent et qui m'ont vue ont pu voir que je ne fais pas pitié) et pourtant...pas plus tard que la semaine dernière j'ai essayé 2 hauts dans une boutique: je nageais dans le XS.
Tout ça non pas pour parler de ma vie mais tout ça pour dire combien j'en ai marre de cette dictature de l'apparence, de toute cette hypocrisie.
On nous sature de pubs pour les crèmes amincissantes, les régimes, des médecins viennent parler du bien manger sans gras, sans sucre, sans sel, sans poivre, sans féculents, sans rien. C'est à se demander de quoi ils se plaignent au Darfour. Ils devraient être heureux sans rien à manger donc sans rien de nocif. Si ce n'était pas si grave, ça me ferait rire.
D'un autre coté, les maigres s'en prennent plein la gueule. La maigreur c'est la maladie, c'est le spectre de la famine, c'est l'androgénéité. Et tout ça, ça ne plaît pas.

Alors comment faut-il être?

Je comprends tout à fait que l'on fasse un régime maigrissant ou grossissant en cas de problème de santé ou pour soi pour se sentir bien, mais lorsqu'il s'agit de le faire pour faire plaisir aux autres, ça me hérisse. Bien que pendant longtemps j'ai souhaité grossir. Je le souhaite d'ailleurs toujours un peu, j'avoue. Pourtant je me sens bien avec ma stature actuelle.

Juste un exemple. J'ai vu un programme sur de jeunes obèses sur la BBC. Une jeune fille qui ne pouvait pas mettre ses chaussettes seule tant elle était grosse a subi une opération. On lui a mis un anneau gastrique et fait une liposuccion. A ce niveau ce n'était pas de l'esthétique mais bel et bien de la réparation.
1ers commentaires de la fille après l'opération: "I feel so sexy, so hot! Now, guys will love me!". Heureusement que j'étais assise car je serais tombée de ma chaise. Et shabiller seule? Et pouvoir monter les escaliers? Et réduire ses risques de maladie cardiaque????
Non, tout ce qui compte c'est que maintenant elle est baisable. Le même gars, avant son opération lui aurait craché à la figure un "sale gros tas", et maintenant il va se la "faire"? C'est ça le but? Devenir non pas une personne autonome mais un objet de désir????

Et bien sérieusement, j'ai pu constater pour ma part que les gens me parlent plus depuis que j'ai grossi. Oui oui. Il y a bien encore quelques personnes pour me dire des absurdités sur ma taille de robe mais dans l'ensemble ça se passe plutôt bien. Je sais que j'ai des ami-e-s formidables qui m'aimeraient avec 10 kilos de moins ou 20 de plus, avec une irruption d'acné et de furoncles mais je ne peux m'empêcher de penser à certaines personnes, surtout des hommes, que je connais sans plus. M'auraient-ils-elles approchée quelques années plus tôt?

Le problème c'est que la pression est tellement forte qu'il est très dur de tenir. Il n'y a qu'à voir combien de personnes vont se mettre au régime en prévision du maillot cet été. Régime non pas pour raisons médicales, non pas pour se sentir mieux dans sa peau (dans ce cas, le régime se ferait aussi pendant l'hiver), mais régime juste pour éviter un jugement dans le regard des autres. Et ce seront les 1ers à regarder de travers les "obèses" en taille 42 et les planches à pain en 32. Et ce seront aussi les 1ers à se révolter contre l'eugénisme et qui prôneront la tolérance et le respect de la différence. Le monde est tellement beau et logique parfois...

9 commentaires:

Delphine a dit…

Je ne sais que dire.
Moi même plongée dans cette problématique, je serais plutôt le souffre douleur de la minceur. Je suis pour l'instant incapable de m'accepter avec ne serait-ce que 2 kilos de plus.
Je sais qu'un jour j'arriverai à passer cette étape.

J'aime lire ce genre d'article, ça me redonne confiance et espoir. et pour t'avoir vue, je confirme que je te trouve très bien, et qu'il serait dommage de t'abîmer la santé pour deux kilos de moins et de plus.
L'essentiel c'est d'apprendre à être bien dans son corps, avec son corps, de s'apprécier, de s'estimer. C'est un long et douloureux travail à faire sur soit pour acquérir cette plénitude, mais la solution est en nous pour arrêter de perdre ainsi notre vie.

Je ne suis pas douée pour parler de ce genre de chose. Je trouve difficilement les mots. parce que les mots justes sont très douloureux à écrire et ne viennent pas (encore) spontanément...

Shakti a dit…

Alice moi qui vis aussi préoccupée de ma ligne, je dirais simplement que c'est à chacun de faire comme il le sent, sans tenir compte des "modèles". Et que là ou on ressent un modèle comme une tyranie, c'est qu'il y a un problème à régler. Personnellement je ne suis pas bien grosse et tout le monde me dit "tu es super comme ça", je m'en fiche. Tout comme je me fiche de savoir qu'on me traite de soi disant "anorexique" parceque je n'aime pas dépasser les 2 kilos de trop. C'est le problème des gens de savoir comment ils perçoivent ça. Pas le mien. Sinon on ne vit plus. Il n'y a que les dictatures qu'on veut bien s'imposer mais on peut tout aussi bien vivre en dehors. C'est là que se trouve, à mon sens, le chemin personnel. Bisou

Alice a dit…

Delphine, oui l'essentiel c'est de s'estimer soi et c'est justement ce qui me choque: peu de gens ont l'air de s'estimer à vouloir à tout prix faire "comme tout le monde". Je ne sais pas si je m'exprime bien.
Shakti, un modèle c'est un exemple à suivre. Tu as raison de dire que la tyranie du modèle est très contradictoire.

Shalima a dit…

Très bel article, comme toujours, sur un sujet dont je suis loin d'avoir fait le tour ;-)

éléa a dit…

J'adore te lire, tu écris très bien.

Ce sujet est vaste et difficile ...

Cela dit, je suis tout a fait d'accord avec ce que tu relate.

Aujourd'hui les personnes font souvent un régime pour les autres plutôt que pour elles mêmes ...

Le regard des autres est le fléau du monde... Etre "baisable" est devenue une nouvelle loi et c'est désolant ...

FramboiseViolette a dit…

et oui, l'été arrive, l'été sera chaud...ds tous les sens du terme puisque c'est à cette période de l'année que tt le monde se lâche... Gainsbourg a bien résumé les choses...sea sex and sun, faut être au top, avt de se laisser aller pdt l'hiver.
Une anecdote, de la part d'une bloggeuse qui a VRAIMENT des kgs en trop. Cet hiver j'ai voulu faire une recette "minceur" avec des fromages allégés ( je crois que c'était de la ricotta que je cherchais)
n'en trouvant nulle part ds le rayon, je demande à la responsable dudit rayon qui était en train de ranger des articles:
sa réponse : des fromages allégés, oh non madame, pas en hiver, on n'en a que l'été ???
- ma question suivante : ah bon, alors l'hiver on se laisse aller, on engraisse ?
et là, la réponse qui tue : ben oui, vous savez avec les pulls c'est pas bien grave, vous achèterez de la ricotta allégée cet été pour être plus mince...
Eclater de rire ? M'évanouir dvt tant de bêtise ???
j'ai passé mon chemin...

un petit sketch que l'on pourrait aussi appeler : comment enfermer les clientes ds le même et éternel cercle vicieux...

Stedransky a dit…

Une question vraiment vitale pour la condition des femmes - et des hommes aussi : pourquoi devrions-nous plaire ? Pourquoi acceptons-nous si profondément le diktat du modèle, comme si nous étions à vendre ? Cela vaut pour les femmes, les gros, les vieux, les banlieusards et leur accent qu'on ne veut pas entendre... et toujours plus fortement pour les femmes, qui cumulent...

Alice a dit…

Stedransky, quelle coincidence que tu commentes à ce sujet maintenant. J'ai encore un un coup de gueule que je souhaitais publier.
Tu soulèves une question primordiale et complexe. Je vais sans doute m'y pencher dessus et pondre un petit billet dessus.

Anonyme a dit…

"Pourquoi acceptions-nous le diktat du modèle" dit Stedransky.
Ben simplement pour pas être discriminés. Je connais quelqu'un qui a un "surplus de poids" (je mets entre guillemets car qu'est-ce un surplus de poids, objectivement), et le problème était de pouvoir se trouver un travail. Aux entrevues d'embauche, on la regardait de haut en bas. Elle en revenait humiliée, alors que elle mange très bien et ne fait pas d'excès. Peut-être la voit-on comme paresseuse ou relâchée mais qu'en sait-on réellement? Ça peut devenir une souffrance. mais là, je ne parle pas de faire un régime pour le maillot, ce que je trouve stupide, absurde, abêtissant, dommage, à pleurer. Quelle perte de temps, quel asservissement au regard de l'autre, autre qui finalement ne voit peut-être même pas l'effort. Sur la plage, comment pourrais-je voir celles qui ont maigri pour le maillot des autres? Le poids n'est pas objectif.
Emma#2