vendredi 27 février 2009

Slumdog millionnaire

Faire jouer un intouchable à "Qui veut gagner des millions" et l'amener jusqu'à la dernière question est sans aucun doute une excellente idée de scénario. Je voulais absolument voir comment ce film était réalisé. J'ai été un peu freinée dans mon enthousiasme à aller le voir pour plusieurs raisons:
- sa nomination aux Oscars (pas que je sois contre les Oscars, il y a d'excellents films à Oscars mais en général ces films font très "made in Hollywood" et j'avais envie de voir un film intimiste).
- la plainte déposée par un bidonville de Mumbai contre ce film. En effet, les critiques dithyrambiques sur ce film n'émanaient QUE de la part de l'Occident.

Et bien au final je me range du coté du bidonville.

Ce film est clairement occidental dans la mesure où il montre la vie d'un petit mendiant d'un point de vue ouestisant.
Je ne remets pas du tout en cause le fait que le réalisateur nous jette la misère la plus crue devant les yeux. Au contraire. C'est même l'un des points positifs du film. La misère est en effet omniprésente en Inde et oui, des orphelin-es sont mutilé-es pour augmenter la pitié des touristes et les gains de mendicités des réseaux qui les exploitent, et oui, des enfants sont contraint-es à la prostitution, et oui, certains policiers sont corrompus et oui, bien sûr qu'il faut montrer tout ça pour mieux le dénoncer.

Mais pourquoi avoir montré mutilations et prostitution mais pas un mot sur les 60 à 80 millions de femmes manquantes en Inde à cause des infanticides et des avortements sélectifs? Encore une fois, les femmes sont les grandes oubliées. Faut-il donc s'étonner qu'elles disparaissent physiquement?
Et pourquoi, face à ces barbaries, ne pas avoir du tout montré tous ces gens, ces indiens et ces indiennes qui luttent chaque jour afin d'améliorer la condition de vie des plus pauvres? Pourquoi ne rien dire sur le gouvernement qui a mis en place plusieurs mesures afin de lutter contre l'absentéisme à l'école, contre le travail des enfants, les abandons des petites filles?

L'Inde c'est 1 milliard d'habitants, 28 états, 18 langues oficielles, plus de 1600 dialectes et seulement 60 ans d'indépendance. Alors les anciens colonisateurs qui viennent donner des leçons, ils feraient mieux de voir si tout est si parfait chez eux. J'ai particulièrement tiltée sur une scène où Jamal fait visiter le Taj Mahal à des touristes américains. Pendant la visite, la voiture des touristes est pillée et Jamal de dire "Vous vouliez voir la véritable Inde, la voici" et les américains de sortir un billet de 100$ "Voilà la vraie Amérique". Du fric. Chouette! La scène n'a pas eu l'effet escompté sur moi. C'est des amerloques, moi, dont j'ai pitié. Combien d'américain-es vivent en dessous du seuil de pauvreté et sans couverture sociale?

A coté de ça, de très bons points positifs comme le déroulement de l'histoire en flashback. La façon dont Jamal répond aux questions: il ne triche pas. Il connaît les réponses. J'y ai vu une vraie remise en cause du système purement scolaire. Jamal, de par ses expériences, a acquis une solide culture générale. Sans remettre en cause la nécéssité de l'instruction.
Et puis Jamal ne joue pas pour l'argent. Il se fiche pas mal de tout perdre et ça le rend extrêmement attachant.

Mais de là à rafler 8 oscars...


2 commentaires:

fofita a dit…

J'ai bien envie d'aller le voir celui là, ne serait-ce que pour m'en faire ma propre idée... Malheureusement, même si il est certainement méritant, 8 Oscars je pense que c'est surtout parce que c'est un film "choc", et que de nous jours, les gens aiment le choc et aiment voir qu'il ya plus malheureux qu'eux dans le monde...

Alice a dit…

Oui, je te conseille d'aller le voir si tu en as l'occasion. Il y aquand même de bonnes idées dedans. je pense juste qu'il faut le voir en essayant de ne pas tomber dans le misérabilisme justement.