vendredi 16 juillet 2010

La pute et le gigolo

Les mots ne sont pas anodins. Ils font sens et ils influent sur notre façon de voir les choses et le monde. Ils reflètent aussi la façon dont nous voyons le monde.

Prenons 2 mots: "pute" et "gigolo".
Ces 2 mots réfèrent à une seule et même chose: la prostitution. La pute est une prostituée. Le gigolo est un prostitué.
Sauf que, ces 2 mots ne sonnent pas pareil à nos oreilles.

Pendant très longtemps, j'ai assimilé le mot "gigolo" à "rigolo". Il n'était pas rare que ma famille utilise ce mot pour désigner un homme qui se la coule douce au lieu de bosser 15h par jour.
Le mot "pute" était banni. C'était l'insulte suprême. Pour notre milieu ultra catho cela représentait la femme qui vit une sexualité débridée et qui a choisi ce métier par vice (jamais personne chez moi n'a pensé à d'autres raisons pouvant mener à la prostitution et les putes étrangères venaient volontairement dévoyer nos gentils petits gars. Bien sûr. Bon, hein, on choisit pas sa famille).
Il y a encore pas mal de personnes qui perçoivent les "putes" dans ce sens. Pas la peine de revenir sur le "fils de p...." réel ou imaginaire de la coupe du monde de foot. D'ailleurs on ne traite pas son ennemi de fils de gigolo mais de fils de pute.

Le mot "gigolo" est beaucoup moins violent, beaucoup moins insultant. Gigolo-rigolo. On n'a pas forcément envie de cracher, au sens propre , sur le gigolo. Sur la pute en revanche c'est différent.
Vous connaissez vous des "blagues" sur les gigolos? Et sur les putes?
Mais le gigolo est un homme et ne peut être qu'un homme. Je n'ai jamais entendu personne traiter une femme de "gigolo" ou même de "gigolotte". En revanche des gars qui sont traités de "pute" ça oui, j'ai entendu. Par exemple dans le film de Balasko Clientes, le gars qui se prostitue est traité de "pute" par sa femme horrifiée de voir que son homme en est "une" (pute).
Entendu aussi pesonnellement au boulot: "Mon proprio c'est une vraie pute. Il veut garder ma caution". J'ai aussi souvent entendu le mot "salope" à l'égard d'un homme mais jamais "salopard" à l'encontre d'une femme.

Qu'en conclure? Que les mots à usage masculins sont moins insultants que les mots à usages féminins pour qu'on utilise ces derniers lorsqu'on veut infliger la pire des insultes à des hommes?
Sinon pourquoi dire d'un homme qu'il est "une salope"? Pourquoi le fait de dire qu'il est "un salopard" ne suffit pas?
Le féminin est toujours plus sale, plus vil, plus rabaissant. Sans aller chercher dans l'insulte pure, on ne dit jamais "ce n'est qu'un garçon" ou "ce n'est qu'un homme"mais on dit volontiers "ce n'est qu'une fille" ou "ce n'est qu'une femme". Etre simplement traité de "fille" ou de "femme" peut relever de l'insulte alors que ce mot ne devrait qualifier rien d'autre que la moitié de l'Humanité.
Pensons aussi au "femmelette". Et pourquoi pas une "hommelette"?

Et si cela marche ainsi sur des mots aussi simples, aussi noraux il ne faut pas s'étonner que cela se répercute sur les autres mots et dans tous les domaines.

Quelques exemples pour "s'amuser"
-sorcier et sorcière
-cuisinier et cuisinière
-masseur et masseuse
-couturier et couturière
-maître et maîtresse
-entraineur et entraineuse

4 commentaires:

Chez Héloïse a dit…

Il n'y a qu'à voir la façon la plus méprisante dont se traitent les hommes entre eux: gonzesse.

Tu as mille fois raison, l'insulte au féminin c'est l'insulte suprême et ce n'est pas près de changer. Les femmes c'est la lie de l'humanité

:(

Euterpe a dit…

moi je masculinise les termes féminins injurieux . gonze, chochot, purin (pour putain), péteur (pour pétasse), etc...j'en invente autant que je peux. On me dit : mais ca se dit pas ! Je réponds ben maintenant ca se dit puisque je le dis.
"Trouduc" est en tout cas bien masculin et les hommes eux-même reconnaissent que l'injure est justifiée.

Euterpe a dit…

je viens de constater avec horreur que j'ai fait il y a quelques jours un billet "remerciements" envers les blogonistes qui ont parlé de moi et dont tu fais partie et que je t'ai oubliée ! Je suis vraiment désolée mais je m'y étais prise en tapant le nom de mon blog dans le web et ta dédicace n'ayant pas apparu de cette manière, elle m'est complètement sortie de l'esprit. Je te prie de m'en excuser, ce n'était, bien sûr, pas intentionnel. Je vais tenter de me rattraper dès que possible !

Alice a dit…

Chez Héloïse, et oui, la pire insulte pour un homme c'est d'être considérée comme une femme.

Euterpe, le mot "gonze" je l'utilise aussi. Mais en fait il s'agit d'un terme entendu et utilisé vers chez moi. Est-ce typique du sud? En tout cas, ça existe.
Et tout à fait d'accord quant aux "ça n'existe pas!" ben puisque le français n'est pas une langue morte, elle est libre d'évoluer et c'est à nous de faire cette évolution.
Sinon tu n'as pas besoin de t'excuser! Je ne me formalise pas pour ça!