mardi 30 septembre 2008

Campagne 50/50 du lobby européen des femmes

Le Lobby Européen des Femmes lance cette campagne qui a pour but de favoriser la parité homme/femme à Bruxelles et d'inciter les électeurs et électrices à participer aux élections. La pétition est à signer ici.

Merci à Emelire d'avoir fait passer l'info. Comme elle dit, l'union fait la force aussi au féminin!

lundi 29 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

J'attendais sa sortie avec impatience, l'argument du film étant plutôt alléchant. Malheureusement, j'ai été un peu déçue. C'est un bon film dans l'ensemble mais il manque quelquechose, j'ai eu l'impression qu'aucune des histoires narrées dans le film n'a de fin. C'est sans doute la volonté de Jaoui, c'est son choix mais cela m'a un peu dérangée. Je suis restée sur ma faim. J'ai trouvé les personnages un peu trop caricaturaux. Comme le rôle du documentariste joué par Bacri. C'est trop pour être crédible. Alors c'est un film, donc de la fiction mais quand même, ce n'est pas de la science-fiction.
Ceci dit, le jeu des acteurs est excellent et c'est ce qui fait que j'ai accroché au film malgré tout.

Bref, j'avais adoré Comme une image et j'attendais encore mieux de Parlez moi de la pluie. Je crois que l'on est souvent déçu-e lorsque l'on attend trop de quelque chose.

vendredi 26 septembre 2008

Enfin, on en parle!

J'ai su la nouvelle quand j'étais en vacances. Comment? Par mes mailings des réseaux féministes. C'est tout. je n'ai rien entendu dans les médias "traditionnels".
Aujourd'hui je suis soulagée de voir que Le Monde relaye cette information et j'espère que grâce à ces articles, personne ne viendra jamais plus nous traiter de "sales féministes", nous qui espérons chaque jour et nous battons pour un monde humain où la barbarie serait proscrite.

A lire ici

Cherchez l'erreur

Lu hier dans un livre sur la danse, très joli d'ailleurs, dommage.

Les différents métiers de la danse à l'Opéra hors danseurs-ses. Il était écrit exactement:

-La Directrice (ou le Directeur) de la danse
- Le Maître de ballet principal
- Les maîtres de ballet
- Les répétiteurs


Grève de femmes à Troyes

En 1971, dans une usine de bonneterie à Troyes, alors qu'elles sont en grève et occupent
les locaux, quelques ouvrières racontent ce qu’elles ont vécu et comment ce combat
a changé leur vie. Elles discutent avec un groupe du mouvement de libération
des femmes venu les soutenir et les filmer.
Une des premières réalisations collectives féministes tournée en vidéo légère.

http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/pdf/Projection25Septembre2008.pdf

Hier soir, au Latina, le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir proposait ce film suivi d'un débat avec les réalisatrices.

Le film nous montre un petit groupe de ces grèvistes juste après la grève: Doudou, Eliette et une jeune fille nous exposent les faits, le pourquoi de la grève, son déroulement.
Ca a un caractère presque historique. Il s'agissait de la 1ere grève de femmes.

Soumises au licenciement, les ouvrières décidèrent d'un commun accord d'occuper l'usine et de stopper la production. Elles y arrivèrent en mettant tous les autres travailleurs dehors.
Elles nous racontent la vie à l'intérieur de l'usine, l'organisation de la garde, des repas, les problèmes avec la direction, la police et les syndicats,notament la CGT, la réaction de leur entourage, de leur ville. On apprend que leurs maris se relayaient pour leur apporter le petit déjeuner, on apprend qu'un homme est resté plusieurs nuits devant les grilles de l'usine pour "remplacer" sa femme gréviste qui avait dû être hospitalisée, on apprend aussi la solidarité des commerçants avec les grèvistes.
Un jour, des balles sont tirées depuis l'extérieur dans l'usine. La panique gagne mais une gréviste prend la parole, leur dit de ne pas paniquer, que c'est le but du ou des tireurs pour leur faire lâcher l'affaire. Elles se soudent encore plus et mènent leur action jusqu'au bout.

J'ai admiré le courage de ces femmes qui, pour la 1ere fois, ont fait grève en leur nom, se sont battues pour leur emploi, qui ont fait preuve de combativité .
Il manquait un bout de film. Dommage car il parlait du MLF et de l'impact sur la famille.

A savoir que ce film a été diffusé à l'époque par les réalisatrices et le réalisateur. Des "tournées" avaient lieu dans tous les grands centres industriels où le film était présenté suivi d'un débat, souvent en "semi cachette" car syndicats et police l'interdisaient.

En voyant ce film je ne peux m'empêcher de me demander quand sera la prochaine grève de femmes. Générale cette fois. Je sais que des ouvrières ont fait grève dans leur usine depuis 1971 mais ce à quoi je pense c'est une grève pour l'égalité dans l'accès aux emplois, l'égalité des salaires et la disparition du plafond de verre.
Alors à quand une grève générale des femmes pour ni plus ni moins que leurs droits?

jeudi 25 septembre 2008

C'est bientôt Noël!

Si vous connaissez le Danemark, vous ne direz pas que je suis en avance. A cette époque de l'année j'avais déjà au moins 2 invitations pour Noël.
Sauf que je ne fête pas Noël.

Noël est pour moi la fête des enfants avec Papa Noël. C'est adorable et si j'ai des enfants je fêterai Noël. Mais pour l'instant je ne suis plus une enfant pour croire au Père Noël et je n'ai pas encore ma propre progéniture.
Noël c'est aussi la fête des chrétiens. Or, je ne suis pas chrétienne.
Conclusion: aucune raison de fêter Noël.

Aucune raison et en plus cela ne m'intéresse pas.
Je croyais naïvement que ce n'était pas un problème. Le Danemark, bien qu'officiellement protestant, est une démocratie et défend bec et ongles la liberté de pensée.
J'avais tort. Je peux aujourd'hui affirmer qu'il est obligatoire de fêter Noël.

Chaque année, j'ai des invitations étranges. L'association des Etudiants m'envoya une année un gentil email m'informant qu'une famille danoise, douce et aimante, aimerais avoir une française pour Noël. Je n'ai pas osé demandé si il fallait que je m'envoie moi-même à mes propres frais dans un joli paquet cadeau ou si c'était l'asso qui s'occupait de tout. Je regrette de ne pas avoir osé.

Autre cas de figure: la pitié:
" Quoi, comment, qu'ouïe-je? Tu vas rester ici pour Noël? Loin de chez toi? Loin de ta famille? Non non, viens chez nous, nous te recueillerons".
Ma réponse était; je ne suis pas loin de chez moi, ma maison est à 10 minutes de la fac. Chez moi c'est l'endroit où j'ai choisi de vivre. En ce moment c'est Aarhus, l'an prochain se sera peut-être Londres ou Malmö. Et puis merci mais tu vois je ne porte pas de collier, comme un chien perdu, mais c'est parce que je suis allergique au nickel alors désolée mais je n'ai pas besoin d'être recueillie.

Autre exemple:
"Merde alors, je vais rester là pour Noël et il n'y aura personne. Tout le monde fête Noêl avec sa famille. Ca te dit qu'on se fasse une bouffe entre potes? Y'a Machin qui m'a dit qu'il restait aussi.

Moi: Tu sais, moi je ne fête pas Noël. C'est pas mon truc.

Mais c'est pas pour Noël, on s'en fout de Noël, c'est pour faire une bouffe ensemble.

Moi: Ok si tu veux!

Et ça s'est terminé ainsi: "Alice, par cette hostie, chair de Notre Seigneur, que la joie de Noël, naissance de notre Sauveur, inonde ta vie et que la foi t'apporte lumière et réconfort."

Non, c'est clair que ce n'était pas du tout pour fêter Noël.

Je n'ai jamais empêché qui que ce soit de fêter Noël. Je n'ai jamais menacé de rupture qui que ce soit qui fête Noël. "et toi, tu fêtes Noël? Ok, on n'a plus rien à se dire pôv tâche!" : je ne pourrai jamais dire ça.
Par contre force est de constater que l'inverse est légion. On m'oblige à fêter Noël. J'ai quelque fois dû mentir et dire que j'étais déjà prise pour éviter une invitation.

Ce qui m'énerve c'est que :
- j'ai l'impression qu'on m'invite par pitié. On m'invite parce que personne ne devrait être seul-e pour Noël.
Je traduis ça par: on te tolère à Noël mais les autres jours, si tu es seule, triste, déprimée tu te démmerdes.
- on ne respecte pas mes choix. Encore une fois, je n'empêche personne de fêter quoi que ce soit, je n'ai pas non plus l'intention de faire circuler une pétition "interdisons Noël" alors qu'on ne me force pas en me harcelant de questions parfois déplacées et indiscrètes.
- J'ai le sentiment d'être manipulée.
Ce que je déteste par dessus tout ce sont les gens qui m'invitent à un repas de Noël. Eux retiennent le mot 'repas". Moi je retiens le mot "Noël". D'ailleurs ceux qui disent "mais non c'est pas parce que c'est Noël, c'est parce que tout le monde est en vacances à cette période et que on peut réunir tout le monde. " Soit. Alors pourquoi ne pas faire ce repas le 1er mai ou le 6 juin pour la fête Nationale danoise?
C'est comme si je demandais à quelqu'un de venir à un spectacle de danse où les danseurs font pipi et caca sur scène (si si ça existe) et que je lui dise "viens à un spectacle de danse", sans préciser le pipi sur scène. C'est pareil.
On ne fête pas Noël mais on fait la crèche hein! Et on amène le petit Jesus dans la crèche et en chanson à minuit, et on chante le Minuit chrétien.
J'adore les dîners, rares sont les fois où je décline une invitation. Mais les repas de Noël, non. Ca m'interesse autant que d'aller assister à un match de catch dans la boue.

J'ai passé 2 Noël merveilleux toutefois. Avec 2 de mes amies. C'était un repas sans connection aucune avec Noël. Juste pour le plaisir d'être ensemble.

Cette année nous serons au Danemark Skat et moi. enfin nous voyageons pour Noël. remarquez, on va peut-être chanter des cantiques dans l'avion!

Edit: je parle du Danemark mais cela concerne les danois et les expats rencontré-es là-bas.

Elle a bon dos la nature

Ne vous inquiétez, je ne suis pas en train d'écrire un billet contre nature. En fait, j'aurais dû donner un titre plus explicite sur le sujet du jour car j'aurais fait un tabac dans Gogole.
En effet, aujourd'hui je vais vous parler de sexe, de cul, des codes sexuels en vigueur et vous allez voir que la nature a bon dos. On la sort à toutes les sauces pour justifier l'injustifiable à savoir...je vous le donne en mille: la domination de la moitié de la population sur l'autre moitié.

Je me suis souvent posée pas mal de question sur la façon dont la sexualité est perçue, vue, abordée, vécue. Je me suis souvent demandé pourquoi les femmes simulent, pourquoi elles sont si nombreuses à déclarer jouir plus en savourant un carré de chocolat qu'en passant une nuit avec leur conjoint, pourquoi le sexe est assimilé aux plaisirs de la pénétration alors qu'il semble que près de 75% des femmes déclarent ne rien ressentir voire avoir mal lors de la pénétration.
Pourquoi? Pas bien compliqué. C'est parce que ce sont les hommes qui, une fois de plus, imposent leur modèle de la sexualité.

J'ai commencé à réfléchir plus sérieusement à la question après la lecture du seul ouvrage traduit en français d'Andrea Dworkin Pouvoir et violence sexiste et son analyse sur le pouvoir qu'ont les hommes de nommer.
J'y ai réfléchi encore plus après avoir lu son formidable Intercourse (pas de traduction française) et quelques essais sur la pornographie et la prostitution.
J'y ai encore réfléchi en me documentant sur l'excision.

Tout montre que c'est le plaisir de l'homme qui compte. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à écouter ce que les défenseurs et défenseuses de l'excision disent: c'est une tradition, ça a toujours existé mais aussi et surtout: cela freine les envies sexuelles des femmes. Autrement dit, les priver de plaisir pour les garder vierges jusqu'au mariage et les garder fidèles.
Quand on sait que dans les cas d'infibulation (environ 20% des cas d'excision), c'est à la fois le clitoris mais aussi les petites et les grandes lèvres qui sont amputées puis que les moignons sont cousus ensemble à l'aide d'épines, rendant toute pénétration impossile, on comprend qu'elles n'aient pas envie de goûter aux plaisirs du sexe. Le soir des noces, le mari va réouvrir au couteau la cicatrice. Ca donne envie de faire des galipettes sous la couette hein!
Sans rire, le clitoris est assimilé au phallus et doit être réduit à néant!
Mais si on suit cette logique, cela veut dire que les femmes des peuples qui ne pratiquent pas l'excision sont toutes lubriques et avides de sexe. Cela se pourrait puisque très souvent nous entendons les "putes" et "salopes" pour désigner un individu du sexe féminin. Une femme qui a plusieurs amants dans sa vie est une salope, une femme qui refuse de coucher le 1er soir est aussi une salope tout ça parce qu'elle se permet de décider ce qu'elle veut ou non.
Ce que je ne comprends pas non plus c'est que pendant que l'on calme les femmes en les excisant, les insultant, les hommes, eux, ont le droit, voire même le devoir, d'accumuler les conquêtes, d'avoir plusieurs femmes. C'est ce qui prouve leur virilité dit-on.

Dans nos pays dits "civilisés" où l'on n'excise pas les filles physiquement nous avons d'autres moyens coercitifs: elles sont qualifiées de salopes et respecte-t-on une salope? Non car elle demande elle-même l'irrespect. La salope aime se faire baiser et elle en redemande.
On donne du porno à tout va. En un seul clic sur internet vous pouvez assister à des scènes de viol. Les productions porno où les femmes sont trainées par les cheveux, giflées, fessées, prises par tous les trous sont légion. Dites que cela vous choque et l'on vous traitera de puritain-e et de coincé-e. La libération sexuelle des femmes ne les a pas libéré. Cela leur a permis d'apparaître au grand jour dans une position de soumise qui adore être fouettée et attachée. Elle sont libres d'être dominées et torturées.
Même dans le porno "soft" c'est le plaisir masculin qui prime. Même sans tirage de cheveux, sans mise en scène SM, le film porno éclipse volontiers les préliminaires, dans le meilleur des cas nous montre 10 secondes de cunnilingus et tout le reste, les 20 à 30 minutes restantes c'est pour la pénétration et la fellation. Le clitoris tout le monde s'en fiche puisque c'est ce qui donne du plaisir à la femme.
La banalisation du porno a pour conséquence que les hommes croient qu'ils doivent se comporter ainsi et que les filles pensent que si elles n'aiment pas ça elles ne sont pas normales.

Je ne dis pas que c'est se qui se retrouvent partout mais quand on voit comment s'habillent les adolescentes, comment elles se surnomment entre elles ( salope, bitch), lorsqu'on sait que des magazines pour filles ado leur suggèrent de faire passer le plaisir de leur copain avant le leur (nombreux exemples sur Sysiphe ), que de nombreuses femmes simulent, ça me fait mal.

C'est là que la question de la nature arrive. Il est vrai que les femmes ont un vagin, un corps caverneux et que les hommes ont un pénis, un phallus pénétrant.
Mais pourquoi la sensation de domination est-elle assimilée à la pénétration. Pourquoi la pénétration est un acte d'intrusion? Et surtout pourquoi tout ce mépris face aux pénétré-es. Avez-vous réfléchi à la signification du doigt d'honneur? A l'insulte "enculé-e"? Je te pénétre donc je te domine. Une femme ne peut par conséquent qu'être dominée. Et ce avec la preuve de la nature. Vagin=trou Trou=espace à envahir donc le sexe de l'homme envahit naturellement le sexe de la femme.
Je me demande d'ailleurs très sérieusement si tant de femmes ne sentent rien lors de pénétration ce n'est pas par refus inconscient d'être "enculées et baisées".
Et la haine des gay, a votre avis d'où vient-elle? Et bien ce ne sont pas des hommes car un homme ne se fait pas enculer. C'est réservé aux femmes, aux sous-humains.

Mais pourquoi ne pas le voir d'une autre façon? Ce pourrait être la femme qui "avale" l'homme. C'est la nature aussi non? Un trou qui absorbe. C'est d'ailleurs de là que vient cette peur ancestrale qu'à l'homme pour la castration. Cette idée est incompatible avec leur volonté de domination, il faut donc la détruire. Comment? A une certaine époque en condamnant pour sorcelleries les femmes se voulant libres et libérées, aujourd'hui en leur imposant les modèles de la pornographie. Il n'y a qu'à prendre l'exemple de l'essor du lapin Play Boy pour s'en convaincre. Le porno est entré dans la normalité.

N'allait pas croire que je suis anti-sexe. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit de changer la donne pour que le plaisir des femmes soit aussi pris en compte et respecté.
Par exemple pourquoi toutes les scènes de fellation montre la femme à genoux devant l'homme? Il me semble que d'autres positions moins humiliantes existent. Pourquoi obligatoirement être à genoux?
Et pourquoi faire croire qu'il s'agit d'une pratique normale alors que cela répugne beaucoup de femmes?

En ce qui concerne les règles aussi. Pourquoi est-ce sale? On entend souvent "c'est la nature". la nature est donc sale? Aujourd'hui encore les règles sont un sujet presque tabou même si cela à tendance à s'arranger. On en parle plus mais il n'y a qu'à regarder les pubs pour les tampons pour voir que c'est encore sale. C'est pourtant un aspect naturel de la sexualité. Croyez-vous que le sperme soit plus ragoûtant? Et en plus il est maintenant de bon ton de dire qu'elle l'avale, la salope! Qu'un homme touche ou pire, avale du sang menstruel inspire le dégoût. On n'en parle pas. Même si ça doit bien arriver parfois. Mais qu'une femme avale la semence visqueuse du mâle et en redemande, ça c'est super excitant.

Chacun, chacune fait ce qu'il-elle veut dans son intimité. Personne ne devrait imposer de "modèle à suivre". Et ce qui me dérange le plus c'est que c'est sous couvert de "c'est la nature".
La nature n'est pas machiste. C'est l'interprétation humaine de la nature qui l'est.

mardi 23 septembre 2008

Comment je suis devenue anti-machiste

Imaginez que quelqu'un vous dise ceci: "Je ne suis pas anti-raciste, je suis simplement pour l'égalité entre les les Noirs, les Juifs, les Arabes, les Asiatiques et les Blancs".
Ca n'a pas de sens, n'est-ce pas? Ne pas être raciste c'est justement être pour l'égalité des peuples, non?
C'est pourtant ce qu'on entend à propos du féminisme.
Le simple fait d'être féministe est tellement évident que je ne suis pas seulement féministe (ou anti-machiste) mais aussi militante car pour moi ne pas être féministe c'est obligatoirement être machiste donc pro femmes battues, violées, prostituées de force, excisées, etc. Se déclarer non féministe mais en lutte contre l'infibulation des fillettes ou soutenir sa voisine victime de violence conjugale relève de l'absurde. Et oui, désolée les gars et les filles mais si vous ne supportez pas les hommes qui frappent leur femme ou leur copine, vous êtes féministes que vous le vouliez ou non.

Encore féministe a crée une rubrique sur son site: comment êtes vous devenu-es féministes. Des hommes et des femmes ont répondu à cette question. Moi aussi:

Comment je suis devenue féministe ? C'est simple. En me rendant compte d'un tas de faits et actes sexistes tout au long de ma vie. Au tout début, je me rendais compte d'une différence fille/garçon. Le plus marquant était que je ne devais pas me salir en jouant pour rester propre, jolie et obéissante comme une bonne petite fille, tandis que les garçons étaient décrits par ma famille comme des casse-cou indisciplinés et boueux. J'y voyais alors, non pas une discrimination, mais au contraire une supériorité féminine. Moi, fille, je suis « propre et sage », comportement plus positif que « sale et désobéissant ». Pourtant, au fond de moi, j'aurais bien aimé courir partout et être pleine de taches d'herbe. Mais j'étais au-dessus.

La première fois où je me suis sentie mal du fait de mon sexe, j'avais sept ans, et c'était pendant le cours du catéchisme. « Le désir te portera vers ton mari et lui te dominera ». À sept ans, la notion de désir est obscure. La dame du catéchisme nous a traduit cette phrase divine par « les filles aimeront leur mari, et les garçons protégeront leur femme ». « Aimer », je n'étais pas contre, mais j'ai eu du mal avec ce « protéger ». Je trouvais cela étrange. Quel rapport entre « dominer » et « protéger » ? Nous avions des cours d'histoire où il était question de lutte contre la domination des peuples barbares vers la recherche de la liberté. Logiquement les femmes ne pouvaient pas être à la fois dominées et libres. Cette recherche de liberté, encouragée pour les peuples, ne devait pas être entreprise par les femmes. Pourquoi ? À noter que la dame du catéchisme était une « vieille fille » et donc libre de tout mari. Je décidai de ne plus être catholique et d'entrer en lutte contre la domination du petit Jésus sur mon sexe.

Je croyais être tranquille, mes parents ne me forçant pas à suivre le catéchisme plus d'un an. Erreur ! Notre manuel d'histoire en CM2 comportait un article du code civil établi par Napoléon : « Le mari doit protection à sa femme. La femme doit obéissance à son mari ». Cela me rappela douloureusement le cours de catéchisme et me fit comprendre que cette obéissance de la femme était présente partout, indépendamment de la religion. Je me jurai de ne jamais me marier pour n'avoir à obéir à personne d'autre qu'à moi-même et, du fait de mon jeune âge, à mes parents.

Suite à cet incident, je remarquai de nombreuses choses que je ne qualifiais pas de sexisme car c'était pour moi un terme encore inconnu mais qui étaient à mes yeux injustes et discriminantes. Comme les remarques et réflexions indiquant que je suis une vraie fille : bonne en français et nulle en maths. D'ailleurs, avant même d'entrer à l'école, je savais que j'étais littéraire et sûrement pas scientifique, car on me le répétait à tout va, en précisant que les scientifiques sont drôlement plus intelligents que les littéraires. Est-ce un hasard si j'étais nulle en maths ? Est-ce un hasard si j'ai pourtant fini avec une mention bien en maths en terminale, alors que mon féminisme montait en puissance ?
Il y a eu aussi les qualificatifs que de nombreux garçons utilisaient pour nous désigner, nous les filles, en cour de récré et même dans la salle de classe, au collège surtout.
Il y a eu les sifflements dans la rue, le bus, le train, les insultes, les blagues sur les femmes, sur les blondes, la prostitution, le viol.
Il y a eu les cours d'économie et sociologie où nous apprenions que les différences de salaire entre hommes et femmes sont une fatalité de la nature.
Il y a eu les affiches publicitaires pornographiques, le fameux porno-chic si humiliant et violent pour les femmes.
Il y a eu les discussions entre copines qui n'ont qu'une hâte : être une vraie femme, c'est-à-dire mariée et mère, et prônant le travail à mi-temps qui leur permettra de pouponner mari et gosses.
Il y a eu beaucoup de choses, parfois graves, parfois insignifiantes, mais allant toutes dans le même sens : contre les femmes. C'est pourquoi aujourd'hui je ne suis plus seulement féministe mais militante. Pour moi, être féministe est une évidence. Se déclarer non féministe, quand on est une femme, c'est comme si un-e Noir-e se disait pro apartheid.